Tout à l’heure je vois la dame qui va scruter mon parcours. Elle va ressortir mon curriculum vitae. Elle va me demander si j’ai réfléchi. Ce que je pense faire, ce qui me semble possible, de quoi j’ai envie.
Et elle va constater que j’ai changé d’avis.
On va passer en revue ce qu’elle n’a pas encore regardé. C’est à dire mon cv le plus conséquent, mon cv artistique. J’appréhende. Mais j’essaie de me dire que je suis tout aussi capable que les autres. Et que je le possède ce « Talent musical exceptionnel » qui doit me garantir une entrée sans matu. Quand bien même ce serait faux, qui ne tente rien n’a rien. Je sais que la musique qu’ils font en classe de composition risque de ne pas m’intéresser. Je le sais. Mais je sais aussi que jouer le jeu peut rapporter gros. Pour mon cerveau, pour mon estime de moi-même, pour ma culture, pour ma technique.
Pour les autres connards qui passent leur vie à me descendre ça ne changera strictement rien. Parce que dans leur esprit la musique n’est pas un métier, et en plus ça paye pas. Et ce sont ces mêmes gens qui bossent dans un secteur informatique surpeuplé et qui se font virer tous les six mois pour cause de restriction budgétaire. Ce sont les mêmes qui se plaignent quotidiennement que leur boulot est pourri, qu’ils s’emmerdent. Ce sont les mêmes pessimistes de nature qui viennent me demander du soutient quand moi je vois plus loin que le bout de mon nez et que je tiens la barre quand eux coulent !
Je ne veux pas faire autre chose. Parce que c’est ça qui me ressemble. Je ne veux pas me disperser car ce serait une perte de temps.Vous avez pris sur vous de faire un truc inintéressant et de vous sacrifier à longueur de journée, ne me dites pas que je suis une incapable parce que moi je n’ai pas envie de me ranger dans votre petite vie de merde.
Vous êtes morts.
Moi je vis.
Je voudrais faire des études, pour fuir cette médiocrité.
Fuir les incapables trop nombreux qui règnent sur ma vie, pas par intelligence mais à cause de leur majorité écrasante. A cause de leur insistance permanente à me rappeller que je suis bonne à rien, que je vais faire ma vie avec l’argent du contribuable.
Hey… regarde-moi bien dans les yeux .
Seuls les artistes maintenant savent faire battre mon cœur. Ce n’est pas que je méprise les autres, c’est qu’ils me font du mal. Elle, elle ne me juge pas. Elle aime cette part de moi comme quelque chose de précieux dans ce qui me construit.
Alors oui, quand elle m’ouvre les yeux en me disant que c’est possible, oui, même si c’est dur, j’ai envie d’essayer. Parce que dans cette école, même si les gens sont moins enthousiastes que moi, il y a le groupe de gens auquel j’appartiens. Et si je ne suis plus seule, tu ne pourras plus jamais casser celle que je suis. C’est à cause de gens comme toi que mon parcours fut en zigzag.
C’est parce que certaines personnes nous démolissent au mauvais moment, trop longtemps, de manière insidieuse, que nous sombrons dans quelque chose que peu de gens comprennent.
La souffrance n’est pas la condition sinéquanone au talent.
Les gens qui n’ont pas souffert du tout, sont au pire, creux, et non dysfonctionnels.
Regarde bien qui je suis. Je ne suis plus la petite demoiselle fragile qui se laisse mettre la tête sous l’eau par les autres. Si tu t’attaques à moi, je te remettrai en place, parce que je suis plus forte que toi. Ma force c’est que moi, j’ai les yeux ouverts. Ma force c’est que moi j’y crois. Ma force c’est que moi je suis déjà tombée, et j’ai survécu. Alors je ne vois pas quel obstacle plus dur peut se mettre en face de moi désormai.
Oui j’ai peur, parce que je n’ai connu que l’échec et la solitude, mais j’y crois parcequ’il faut y croire. Et la dame, je lui dirai mes certitudes surtout.
Et mon parcours et bien, il est comme il est et il m’a rendue plus forte.
De toutes façons… les coutures en zigzag c’est bien plus solide que les coutures droites.
Et ça c'est passé comment au fait ?
RépondreSupprimerBien. Elle m'encourage à poursuivre dans la voie du conservatoire.
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